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Article mensuel | Existe-t-il un ADN du christianisme ?

Héritage, innovation et le risque de l’autoréférentialité.

 

L’une des tensions que l’on rencontre dans plusieurs domaines c’est celle entre l’héritage et l’innovation. Si l’on pense à l’Église, avons-nous des repères qui nous permettent de trancher la question quant à son héritage et son innovation ? Quels sont son identité et son message ? L’Église doit-elle continuellement se réinventer au risque de perdre son identité ? Qui décide de telles questions ? Peut-on parler d’un « ADN » de l’Église ?

C’est une métaphore que j’ai rencontrée pour la première fois dans un livre de Romano Penna: Il DNA del cristianesimo. L’identità cristiana allo stato nascente (2004, San Paolo Edizioni, voir ma recension*). La question principale que cet exégète catholique pose est «Si Jésus-Christ réapparaissait aujourd’hui, après 2000 ans, serait-il encore reconnu par ceux qui prétendent être les fidèles gardiens de sa personne et de son message ?» Intrigante question ! J’imagine qu’elle nous met tous un peu en difficulté ! La question posée par Romano Penna me semble encore fondamentale, voire perpétuelle, non seulement pour le milieu ecclésial de Penna, mais aussi pour toute l’Église. Si on ne la prend pas au sérieux, la conséquence logique serait, me semble-t-il, que l’on tomberait dans le piège de l’autoréférentialité où tout se fait en référence à soi-même. Sans des repères fixes, un ADN reconnaissable, les bases doctrinales et pratiques peuvent devenir fruit de ce que chacun·e considère personnellement comme important.

La vie et les cultes d’une paroisse peuvent ainsi devenir simplement autoréférentiels, car l’héritage de l’Église y joue peu ou aucun rôle. Dans la vie privée, le risque y est aussi, car chacun·e définira, sans référence fixe, ce qu’est la réconciliation avec Dieu. Idem pour la vie chrétienne ; tout cela va se faire selon ses propres goûts. Mais l’identité de l’Église n’est-elle pas liée fondamentalement à la personne de son Maître ? L’union spirituelle entre Jésus et son Église, n’a-t-elle donc pas un caractère transcendant, dans l’espace et dans le temps ?

Comme l’illustre la question de Jésus posée à Saul, ennemi de l’Église, sur le chemin de Damas : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?». Si Jésus pose une telle question, c’est parce qu’il se voit dans ses disciples. Il s’intéresse à son Corps, l’Église universelle de tous les temps. Et je pense qu’il s’intéresse aussi à ce que nous faisons de son Corps aujourd’hui. N’a-t-il pas redit l’importance de l’adoration comme pilier de la vie ? Ainsi que l’amour envers les autres (Mc 12.29-31) ? Cela me semble une base solide pour réfléchir à l’ADN de l’Église. Toutes les générations doivent penser à de telles questions, car les tensions continueront tant que les différences d’opinion sur la nature de l’Église subsistent.

Comment dire à la fois « oui » à l’héritage (Ep 4.4-6) et « oui » à l’innovation ?

« Oui » donc à une regula fidei reconnaissable dans les Écritures et chez les Pères de l’Église. Mais « oui » aussi au principe sous-jacent d’Ecclesia semper reformanda. C’est dire « oui » au Christ et à son Évangile, dans toute sa simplicité et sa puissance transformatrice. Cela n’enlève pas le dur travail qui consiste à réfléchir aux questions épineuses, mais au moins nous pouvons affirmer notre ADN en premier lieu dans l’adoration du Christ, dans l’édification de son Corps et dans le partage de son amour avec d’autres (1 Cor 1.2 ; Ep 4.11-13 ; 2 Cor 5.18-19). Ainsi, pour revenir à la question de Romano Penna : « Jésus, serait-il encore reconnu par ceux qui prétendent être les fidèles gardiens de sa personne et de son message », nous aurons la possibilité de donner une réponse positive, car suivre le Christ, c’est le laisser se former en nous (Gal 4.19). O

James Morgan, PhD
Professeur HET-PRO en Nouveau Testament

 

*Lien pour lire la recension :

https://www.academia.edu/28471820/Recensione_di_Romano_Penna_Il_DNA_del_cristianesimo_L_identità_cristiana_allo_stato_nascente_Cinisello_Balsamo_San_Paolo_2004_463_pp_in_Lux_Biblica_31_2005_227_230

 

 

 

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