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La médecine comme don de Dieu – Réflexions de Basile de Césarée

Basile de Césarée (en Turquie actuelle), appelé aussi Basile le Grand (330-379 ap. J.-C.), est surtout connu comme étant un grand défenseur de la foi de Nicée contre l’arianisme, ainsi que pour ses œuvres sur le Saint-Esprit et la Trinité. Cependant, il nous a également légué un héritage important dans des domaines particulièrement d’actualité : les hôpitaux et la théologie de la médecine.

 

La médecine, en tant qu’héritage de la culture grecque antique, a longtemps eu une place importante et valorisée dans l’Empire romain d’Orient. Bénéficiaire de cette culture – et étant lui-même de santé fragile -, Basile avait étudié un peu cet art, sans en faire son métier. Cela ne l’empêcha pas plus tard, en tant qu’évêque, de fonder la Basiliade, une institution qui mettait à disposition des lits, des soins, des médicaments, ainsi que des professionnels de la santé pour soigner les malades, que l’on considère souvent aujourd’hui comme le premier hôpital.

À cette contribution fondamentale de l’évêque à l’histoire de nos institutions s’ajoute celle d’une théologie de la médecine que l’on retrouve dans plusieurs de ses écrits. Selon Basile, la médecine fait partie des « arts » que Dieu a donné à l’homme « pour remédier à l’insuffisance de la nature », tout comme l’agriculture, le tissage ou la construction. Il commente :

« Ce n’est point par hasard que germent sur le sol des plantes, qui ont des propriétés particulières pour guérir chaque maladie ; il est au contraire évident que le Créateur les veut à notre usage. On trouve donc une vertu spéciale dans les racines, dans les fleurs, dans les fruits, dans les feuilles ou dans les sucs, dans les herbes qui grandissent dans la mer et celles que l’on trouve au fond des carrières ; les unes entrent dans la composition d’aliments, les autres servent à faire des boissons. »

Si le théologien conçoit la médecine comme un « don de Dieu » et encourage les chrétiens à la pratiquer et à l’utiliser, il met cependant aussi en garde contre certaines attitudes à son égard. Par exemple, le chrétien guéri par la médecine ne doit pas oublier d’en attribuer ultimement l’origine à Dieu ; en effet, c’est Dieu qui soigne, parfois par des moyens invisibles, et d’autres fois par des moyens visibles—c’est-à-dire par des médicaments. Autre exemple d’avertissement : il ne faut pas voir en la médecine notre seul espoir de guérison et de salut. Tout d’abord il faut nous souvenir que Dieu ne permettra pas que nous souffrions au-delà de nos forces. Ensuite, que Dieu peut tout autant nous guérir en nous mettant de la boue sur les yeux comme dans le cas de l’aveugle de la piscine de Siloé, qu’en prononçant un ordre : « Je le veux, sois guéri ».

Enfin, pour Basile, la médecine est une image des soins dont notre âme a besoin. Comme certains médicaments, les soins et avertissements du Seigneur peuvent parfois nous être désagréables et pénibles. Mais son but, comme celui du médecin ou du chirurgien, est de nous guérir et de nous restaurer. O

 


Par Monique Cuany, PhD
Professeur HET-PRO en Histoire du christianisme

 

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