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Découverte d’un livre sur le corpus lucanien coédité par Dr. James Morgan

James Morgan, docteur en théologie et exégète biblique, cumule les casquettes. Professeur HET-PRO en Nouveau Testament, il est aussi lecteur de grec biblique à l’Université de Fribourg et auteur. Découvrons avec lui un livre passionnant sur le corpus lucanien auquel il a discrètement contribué.

 

L’historiographie ancienne et Luc-Actes : quels rapports ?, sorti en décembre 2019 aux éditions LIT Verlag, est une collection de plusieurs contributions issues d’un colloque international qui a eu lieu à Fribourg en 2017. L’aspect international du colloque est marqué par les contributions en langue originale (français, anglais et allemand). Dr. James Morgan a coédité cet ouvrage avec trois de ses collègues : Simon Butticaz (UNIL), Luc Devillers (UNIFR) et Steve Walton (Trinity College, Bristol).

Dr. James Morgan, expliquez-nous. Pourquoi ce livre ? Qu’apporte-t-il et à qui ?

Peut-être quelques mots d’abord pour clarifier certains termes. Dans le titre, il y a plusieurs choses qui expliquent la raison d’être de ce livre. Premièrement, par l’expression « Luc-Actes » on veut signaler que l’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres forment une unité littéraire, donc deux volumes mais une histoire. L’auteur voulait transmettre à ses lecteurs une vue d’ensemble du mouvement de Jésus, depuis Jérusalem jusqu’à Rome. Ces deux écrits sont très riches sur les plans littéraire, historique et théologique qui mettent en évidence une grande connaissance de la littérature grecque et juive. L’auteur était en effet au carrefour de ces cultures. De ce fait, le but de cet ouvrage collectif est d’explorer la manière dont Luc s’insère dans et s’inspire de l’historiographie ancienne. La question posée à la fin du titre « Quels rapports ? » montre la multiplicité de liens entre Luc-Actes et les autres ouvrages d’histoire de l’Antiquité ainsi que les contextes historiques évoqués dans Luc-Actes.

Quelles sont les découvertes ?

Comme dans toutes les sciences, si l’on parle de « découvertes » dans le sens de « éléments nouveaux » ou « faits établis » il faut laisser nos lecteurs évaluer nos contributions. De manière plus modeste, par découvertes on peut parler de propositions qui cherchent à étudier la question par un angle ou un accent différent ou à appliquer une théorie déjà connue sur une autre question. C’est en ceci que l’on trouve la richesse de notre publication. On y trouve par exemple le rapport entre la théologie et l’écriture de l’histoire (l’historiographie), à savoir, comment Luc fait-il appréhender sa théologie à ses lecteurs ? Quels sont les objectifs pragmatiques de ces écrits d’histoire ? Et par quels moyens littéraires cherche-t-il à atteindre ses objectifs ? Est-ce exclusivement par l’emploi des Écritures juives ou aussi par des procédés littéraires de la tradition grecque ? Luc est à l’aise avec les deux traditions historiographiques, mais sa théologie est sans équivoque de la tradition juive. Bref, Luc, c’est un homme de lettres. Il est à la fois cultivé et convaincu de l’Évangile. Nos contributions ont mis en évidence ce fait de manière différente (voir la table des matières ci-dessous). Certaines abordent le sujet d’une optique plus large, par exemple en comparant Luc-Actes avec les histoires de fondation ou en prêtant attention à la voix prophétique des historiens. D’autres l’explorent d’une perspective plus concrète, par exemple en examinant les nombreuses mentions des réalités institutionnelles de l’Empire romain ou encore l’identité des « craignant-Dieu » dans les Actes.

Y a-t-il des voies qui, selon vous, restent à explorer ?

Par la question « Quels rapports ? » dans le titre, nous reconnaissons que la question reste bel et bien ouverte, car plus nous connaissons la manière dont on écrivait l’histoire dans l’Antiquité et plus nous connaissons les contextes décrits par les historiens, plus nous comprendrons les écrits de Luc. Les voies à explorer sont donc multiples et interconnectées. C’est pour dire que le champ de recherche est très interdisciplinaire…les contributions des historiens, des archéologues et des exégètes nous aident à mieux comprendre l’univers culturel et théologique de Luc.

Une voie que j’explore actuellement est le lien entre la tradition historiographique laissée par Hérodote du 5ème siècle av. J.-C. et Luc qui a écrit dans la deuxième partie du premier siècle après J.-C. Quel intérêt y a-t-il dans cette comparaison ? Parfois on peut avoir l’impression que les grecs écrivaient l’histoire de manière plus objective que les historiens juifs qui, eux, s’intéressaient davantage à l’aspect théologique de l’histoire. Cependant, Hérodote (surnommé le « père de l’histoire ») et certains d’autres historiens de la tradition grecque mettaient en lumière l’influence de la sphère divine sur les affaires des hommes. Or Hérodote était l’un des historiens les plus lus et avaient une influence importante sur les écrivains de l’époque de Luc. En outre, il faut garder à l’esprit que les historiens dans l’Antiquité transmettaient leurs connaissances non seulement pour informer leurs lecteurs mais aussi pour leur inculquer des valeurs éthiques. C’est ce point qui m’intéresse dans mon projet de livre : comment est-ce que Hérodote et Luc, l’un polythéiste et l’autre monothéiste, exercent un rôle prophétique dans leurs propres milieux en incitant leurs lecteurs à vivre en harmonie avec le divin ? Et quels procédés rhétoriques emploient-ils pour atteindre leurs objectifs ?

En quoi le livre rejoint-il la vie de l’Église aujourd’hui ?

Il faut reconnaitre que les bases de notre livre ne partent pas d’un souci particulier pour la vie de l’Église aujourd’hui. Néanmoins, les recherches historiques sont au service de la société et par conséquent aussi de l’Église. L’exégèse biblique existe entre ces deux pôles et ne se doit pas faire un complexe là-dessus. Comme j’ai déjà évoqué auparavant, plus nous connaissons le monde des premiers chrétiens et de leurs premiers historiens (les évangélistes), plus nous comprenons les affirmations et les méthodes des auteurs du Nouveau Testament. De cette façon, nous nous approchons davantage à leur univers culturel et littéraire. Ainsi, le fruit de l’exégèse « scientifique » peut être très stimulant pour les lecteurs et lectrices de la Bible. Les contributions de notre livre, par exemple, ont mis en évidence la richesse historique, littéraire et théologique de Luc-Actes. Cela fait honneur à son auteur, notre frère en Christ du premier siècle !

Un point à ajouter ?

Peut-être un exemple de ce que je disais : j’ai à cœur d’organiser un colloque sur les auteurs les plus influents dans l’Antiquité sur les historiens de langue grecque du premier siècle comme Flavius Josèphe, Strabon, Dion Chrysostome, Plutarque, etc. Un tel colloque ferait le bilan sur les recherches de cette question et en proposer d’autres pistes de recherche. Par exemple, quels auteurs inspiraient Luc de manière particulière ? Que lisait-il ? Sans doute, il lisait les Écritures juives et les ouvrages d’histoire, mais peut-être aussi les tragédies et les comédies ainsi que les ouvrages de philosophie. Bref, quels auteurs ont eu une influence particulière sur sa manière de penser et d’écrire ? O


Dr. James Morgan
Professeur HET-PRO en Nouveau Testament

 

Butticaz S., L. Devillers, J.M. Morgan et S. Walton (sous dir.), L’historiographie ancienne et Luc-Actes : quels rapports ?, Théologie biblique, Vol. 2, Zurich, LIT, 2019.

Les contributions et les auteurs selon l’ordre de présentation dans l’ouvrage :
  • Histoire et théologie dans les Actes des apôtres. L’historiographie lucanienne dans la recherche récente (Daniel Marguerat)
  • Acts as Biblical History? (Steve Walton)
  • Prophetic Historiography as Subgenre and Research Tool: Definition and Relevance for Herodotean and Lukan Research (James Morgan)
  • Entre Jérusalem et Rome : les Actes de Luc, mythe fondateur d’un peuple (Simon Butticaz)
  • “So that You May Know the Truth” (Luke 1:4): Luke 1–2 and the Lying Historians (Anthony Giambrone)
  • Identität und Geschichte – Gegenwartsdeutungen im Lukanischen Doppelwerk. Zugleich ein Beitrag zur Gattungsfrage der Apostelgeschichte (Thomas Schumacher)
  • Der demokratischere Weg: Beobachtungen zur Apostelgeschichte und zu Velleius Paterculus’ Historia Romana (Manfred Lang)
  • Evangéliser des « sympathisants » du judaïsme : une scène emblématique des Actes des apôtres ? (Marie-Françoise Baslez)
  • Mettre en scène les réalités institutionnelles de l’Empire romain : sources, traitement et fonction des informations de nature administrative dans le récit des Actes des Apôtres (Cédric Brélaz)
  • Le rapport de Luc à l’historiographie antique à la lumière de deux épisodes d’Ac 16 : la vision nocturne de Paul et sa libération miraculeuse de prison (Nathalie Siffer)
  • L’espace maritime dans les Actes des Apôtres. Représentation et fonction (Chantal Reynier)
Liens pour consulter l’ouvrage : 

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