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Soutenance de doctorat du professeur David Bouillon

David Bouillon, professeur HET-PRO en Théologie pratique et spiritualité, a soutenu le 30 septembre sa thèse de doctorat en théologie. Son travail s’est porté sur la pensée du pasteur Louis Dallière (1897-1976). Au travers de l’étude de trois questions polémiques (la mise en question du baptême des enfants, l’accueil des dons de l’Esprit, le retour de Jésus), il montre comment un théologien réformé a pu s’ouvrir aux apports d’autres manières de vivre la foi évangélique. Il se fait ainsi précurseur de ce que la HET-PRO entend proposer dans le cadre de sa formation.

Après cinq années de travail, le professeur David Bouillon a soutenu le samedi 30 septembre sa thèse de doctorat devant un jury de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Son travail, intitulé « Eglise – Baptême –Esprit Saint : la théologie de Louis Dallière », était dirigé par le professeur André Birmelé, professeur en Théologie systématique et œcuméniste de renom. Dans cette thèse, David Bouillon proposait pour la première fois une présentation globale des écrits et de la pensée du pasteur réformé Louis Dallière (1897-1976), connu pour avoir défendu dès les années 1930 le mouvement de pentecôte et pour avoir fondé en 1947 l’Union de prière, mouvement d’intercession centré sur la venue en gloire de Jésus.

Le pasteur Dallière n’ayant plus publié pour le grand public dès la fin des années 1930, sa pensée n’était connue que d’un nombre restreint de personnes, bien que sa renommée ait été suffisamment large pour qu’il bénéficie d’une brève notice dans l’Encyclopédie du protestantisme. Il marqua aussi fortement le jeune André Chouraqui qui, devenu plus tard traducteur de la Bible bien connu, lui rendit un hommage appuyé dans ses mémoires.

En raison de ses fonctions dans le cadre de l’Union de prière, le pasteur Bouillon a pu accéder aux riches archives du pasteur Dallière. Aidé par de nombreux bénévoles, il s’attela dès 2004 à la numérisation des textes, édités ou non, du fondateur de l’Union de prière. C’est sur la base de ce fonds documentaire (2 gros volumes de 600 pages A4) qu’il a pu entamer le travail de thèse.

Après un chapitre biographique, il aborde le débat serré que mène le jeune pasteur Dallière avec la théologie libérale. Cette théologie dans laquelle il a été formé et dont il montre les limites et les impasses doit, pour lui, être rejetée si l’on cherche un renouveau de l’Eglise après la tragédie que fut la 1ère guerre mondiale. Un peu comme Karl Barth, il appelle à refonder la foi de l’Eglise sur une autre base que la raison autonome. Pour Louis Dallière, ce travail de théologie fondamentale prépare une reprise de la question de l’Eglise : son renouveau, son unité, sa réalité communautaire et spirituelle… Avec d’autres collègues, il réfléchit et prie pour savoir quelles réponses apporter au désarroi de tant de paroisses. On ne parle pas encore de sécularisation, mais le jeune pasteur Dallière a déjà perçu que la chrétienté qui a façonné l’Europe depuis plus de mille ans est une notion désormais révolue. Il se réjouit de l’existence d’un mouvement comme celui des Veilleurs. Il s’intéresse au réveil de la Drôme avec ceux que l’on appelle les « Brigadiers ». Mais pour lui et pour plusieurs de ses collègues ardéchois, la réponse d’en-haut viendra par le biais d’un prédicateur pentecôtiste : Douglas Scott.

Dès 1932, on parle aussi d’un « réveil de l’Ardèche ». Il est porté par Louis Dallière, ainsi que par plusieurs collègues pasteurs réformés de la vallée de l’Eyrieux. Ils sont en contact avec d’autres pasteurs réformés de Suisse et de Belgique qui voient dans l’effusion des dons de l’Esprit une réponse de Dieu aux besoins profonds des Eglises et des croyants. Mais la plupart d’entre eux veulent rester dans l’Eglise Réformée. Situation d’autant plus délicate que très vite se pose la question du baptême des enfants. Pour Louis Dallière qui se veut bon calviniste, il ne s’agit pas de renoncer à l’approche sacramentelle classique. Dans le baptême, l’initiative vient de Dieu et l’être humain ne fait que répondre. Ce qui lui pose problème est l’absence d’accompagnement spirituel de l’enfant qui reçoit le sacrement, dans une France désormais post-chrétienne. Pour Louis Dallière, baptiser les enfants, c’est maintenir l’illusion d’une société chrétienne où l’enfant trouverait peu à peu sa place de croyant. Au contraire, il faut montrer à cette société que l’adhésion à l’Evangile doit devenir un choix conscient. Il ajoute aussi que ce baptême doit être vécu dans la perspective de Jésus qui vient : l’Eglise et ses membres ne doivent pas s’installer sur la terre comme si cette situation devait durer à jamais. Au contraire, il faut retrouver l’impatience des premiers disciples qui ne se sont pas trompés quand ils espéraient l’imminence de la venue du Royaume.

C’est d’ailleurs comme un signe de l’avènement de Jésus que beaucoup comprennent la réapparition des charismes en notre temps. Les Pentecôtistes parlent ici des pluies de l’arrière-saison. Mais pour le pasteur Dallière, l’importance de la vie dans l’Esprit est reliée au renouveau de l’Eglise et de son culte. La vie charismatique doit s’épanouir dans ce rassemblement des fidèles qui veulent adorer le Seigneur. Au cœur du culte, c’est la Saint-Cène qui est le point focal de cette vie par l’Esprit. Dans la communion, Christ est au cœur et nous rappelle que cette table où il nous invite n’est que l’antichambre du repas du Royaume où tout sera remis au Père. Ainsi, la vie charismatique n’est pas comprise comme un plus qui viendrait renouveler la vie spirituelle ou renforcer le témoignage, mais un élan puissant pour que du cœur de l’Eglise jaillisse l’ultime prière, celle du Maranatha : « viens Seigneur, viens ! »

Cette visée eschatologique de la pensée du pasteur Dallière constitue la 3e question abordée dans la thèse. Ici aussi, le fondateur de l’Union de prière prend ses distances avec certaines théories popularisées, notamment par J. N. Darby. Avec Darby, L. Dallière reconnaît l’importance de replacer la question de la venue du Christ au cœur de l’espérance chrétienne. Mais contre lui, il refuse dans faire un schéma où il s’agirait de discerner à quelle étape du scénario on se trouve. Pour L. Dallière, la venue du Royaume est toujours là comme une possibilité immédiate (un peu comme le passage de ce monde à Narnia dans les livres de C. S. Lewis). La question n’est donc pas de savoir à quelle étape nous en sommes, mais si nous sommes prêts à passer de ce monde à la réalité du Royaume.

Au travers de ces trois questions, David Bouillon essaie de montrer à la fois le cheminement de la pensée propre du pasteur Dallière, son dialogue avec d’autres penseurs chrétiens (des pères de l’Eglise aux leaders pentecôtistes) et les défis posés aux chrétiens aujourd’hui. Il souligne aussi son apport à une théologie qui se veut autant exigeante sur le plan de la pensée que profondément enracinée dans la prière. O

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