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Les prophètes et la voix des sens
La conviction que l’Écriture est la seule norme de foi et de pratique ne risque-t-elle pas d’ignorer les dimensions intuitive et sensible de la nature humaine ? Le dogmatisme rigide et l’utilitarisme ont trop souvent stérilisé la vie spirituelle…
L’exemple des prophètes – nous nous attarderons ici sur ceux de l’Ancienne Alliance – nous montre que, s’ils ont transmis une parole aux prétentions normatives, ils ont aussi été portés par des dimensions autres que la raison pure.
L’art ouvre à l’Esprit
Ainsi, Élisée, à qui les rois d’Israël et de Juda demandaient un oracle, fait venir un harpiste (2 R 3.15). Alors que celui-ci joue de son instrument, « la main de YHWH repose » sur le prophète, qui transmet alors les instructions divines.
Les chantres de David, aussi, « prophétisaient avec la harpe » (1 Ch 25.1-3).
Heureux mariage entre sensibilité artistique, intuition et inspiration divine !
La spiritualité biblique – à la différence d’autres cultures religieuses – met en valeur le chant et la musique comme lieux de communion et d’écoute de Dieu.
Au regard premier…
Moïse est attiré par la vue du buisson ardent (Ex 3.3). S’approchant du phénomène, il est interpellé par le messager du Seigneur. Il comprend l’origine de l’événement – il se cache le visage, saisi de crainte (v. 6). Dieu lui donne alors une révélation formidable de lui-même et de son plan de rédemption pour Israël.
Ésaïe, lui, a une vision du Dieu saint, accompagnée du cri des séraphins (Is 6.5). Bouleversé (« mes yeux ont vu le Roi ! »), il se livre à la grâce du Seigneur. Celui-ci ne prend la parole qu’une fois son prophète purifié (v. 8 : « Qui enverrai-je ? … »).
Ainsi, le sens de la vue a introduit les deux hommes à leur vocation.
Intégrer – ingérer ! – la parole comme un délice
Dieu ordonne à Ézéchiel de manger un livre doux comme du miel.
L’injonction divine : « Nourris ton ventre ! » (Ez 3.3) résonne avec : « Prends dans ton cœur toutes les paroles que je te dis ! » (3.10). L’appel, non seulement, à la sensation de nutrition, mais aussi de goût, amène le prophète à accueillir la parole inspirée avec désir.
L’invitation du psaume : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ! » (Ps 34.9) nous introduit, de même, par un appel au sens du goût, à écouter l’instruction (v. 12 : « Venez, mes fils, écoutez-moi ; je vous enseignerai la révérence du Seigneur. »)
Le ministère comme un corps souffrant
Jérémie, s’écrie : « Il y a dans mon cœur comme un feu dévorant, retenu dans mes os ! » (Jr 20.9).
La contrainte de sa vocation en contexte hostile s’exprime par l’image d’une souffrance physique.
Parmi les différents gestes symboliques qu’il demande à Ézéchiel, Dieu lui prescrit de se coucher 390 jours de suite sur son côté gauche et quarante sur son côté droit, pour « porter la punition » du peuple (Ez 4.5-7) : cette immobilisation corporelle du prophète exprime la contrainte du jugement divin envers la nation.
Conséquences
Si, toujours, la parole inspirée – puis écrite – fixe le message divin, les émotions et les sens y amènent souvent.
Une formation en théologie appliquée ne vise-t-elle pas l’heureux mariage entre le sensible et le sensé, entre l’esprit et le corps ?
Quelle place laissons-nous aux dimensions émotionnelles, intuitives et sensorielles dans notre rapport à l’existence ? Sommes-nous disposés à être touchés, à tous les niveaux, par un Dieu qui désire faire participer tout notre être au service de sa parole ? O
Robin Reeve
Professeur HET-PRO en Ancien Testament
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